Interview avec pilote de rallye Thierry Neuville

Lors de la journée presse du Salon de Bruxelles début du mois dernier, ça bourdonnait sur le stand Hyundai. Entre les bolides rutilants, nous avons rencontré Thierry Neuville, l’un de nos héros nationaux. Une conversation chaleureuse, centrée sur sa vie dans et en dehors de la voiture de rallye.

L’homme qui a enfin placé notre pays sur la carte internationale du rallye en 2024 — accomplissant ainsi un rêve de plusieurs décennies — était, comme toujours, d’une sobriété remarquable. Et d’humeur joyeuse, prêt à parler d’autre chose que des chronos : ses passions, par exemple.

 

« Devenir pilote de rallye, j’en rêve depuis mes quatre ans », raconte-t-il avec un sourire. Une autre carrière ? Difficile à imaginer. Mais après un peu d’insistance, il évoque une alternative : « Mais je pense qu’aujourd’hui, avec le recul, si je n’avais pas été pilote de rallye, j’aurais probablement essayé de devenir pilote d’hélicoptère. »

 

Il n’est pas étonnant que l’originaire de Saint-Vith utilise cette seconde passion pour relâcher l’adrénaline accumulée en rallye. Pour vider son esprit, il s’élève dans les airs — littéralement. Une manière de trouver le calme en dehors d’une vie professionnelle où tout tourne autour de la vitesse, la même vitesse qui a engendré des moments iconiques.

 

La Rallye de Sardaigne 2018 en est un exemple marquant. Cette victoire reste gravée dans sa mémoire : un duel intense et à quitte ou double face à Sébastien Ogier pour le championnat.

« C’était extrêmement intense. On jouait le championnat face à Sébastien Ogier. Une victoire au Rallye de Sardaigne était super importante. On était séparés par quelques dixièmes avant la dernière spéciale. Il a fallu tout donner. À l’arrivée, je me souviens qu’on l’avait battu pour quelques dixièmes et qu’on remportait le rallye. C’est la première fois de ma carrière que j’ai vraiment senti une fierté en moi que je n’avais jamais ressentie auparavant. C’étaient des émotions que, depuis lors, je n’ai plus jamais ressenties. Ça, je le garderai toujours en souvenir. »

Cette combativité le motive encore aujourd’hui. Et vers un deuxième titre mondial ?

« L’ambition numéro un, pour moi, ça a toujours été d’aller chercher ces titres. Aujourd’hui, l’ambition la plus profonde pour moi, c’est de, à nouveau, aller chercher un deuxième titre pour confirmer aussi qu’on sait le faire une deuxième fois. »
Puis il y a Dakar, le rêve ultime pour un off-roader comme lui. »Je suis chaque étape du Dakar lorsque l’épreuve a lieu et j’adore cette discipline. Évidemment, je suis un off-roader, je viens de l’autocross. À la base, quand j’étais jeune, rouler dans la terre, dans la boue, c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé. Le Dakar, en soi, l’aventure, la découverte, c’est quelque chose d’exceptionnel. Et même au rallye, quand ce sont des rallyes difficiles, d’endurance, de gestion de pneus, de gestion de la mécanique, j’ai généralement été fort. Donc, je pense que le Dakar, à terme, c’est quelque chose que je ferai. »

. « Sans voiture ? C’est compliqué ! »

« Pas vraiment. J’ai l’impression qu’à chaque fois que je monte dans la voiture de course et que je mets le casque, le risque, je ne le calcule pas. Je n’ai pas peur. Après, j’ai toujours eu du respect envers le danger. Mais ça, il faut l’avoir si on veut faire une belle carrière. En dehors du rallye, je dirais que je suis devenu plus prudent quand même. »
« Le rallye m’a appris à rester calme dans les situations où les choses ne vont pas comme on les aime. Alors, ça ne fonctionne malheureusement pas toujours parce que, de temps en temps, il faut aussi de l’énervement pour bousculer un peu tout le monde. Mais généralement, je pense que j’ai quand même, au fur et à mesure des années, appris à être beaucoup plus calme quand les choses ne vont pas comme on le souhaiterait. Et ça, je l’utilise aussi beaucoup dans la vie privée. Et dans ma vie « d’homme d’affaires » avec ma société. Rester calme quand les choses ne vont pas comme elles doivent. »

À propos de sa journée idéale sans horaire, sans voiture et sans pression, il éclate de rire. « Aucune voiture, c’est compliqué. Ça ne serait pas une journée idéale. Moi, une journée sans voiture, c’est difficile. » Avec un peu de fantaisie, il imagine une activité en famille : « Aujourd’hui, j’ai fondé une famille. J’ai deux magnifiques enfants, une magnifique femme. Dans ces cas-là, ça sera certainement une activité en famille. Une activité qui donne un peu des sensations parce qu’on aime tous bien les sensations. »

Et sa voiture de rêve pour le reste de sa vie ?

« Pour le reste de ma vie ? Il faut que j’aie quatre places quand même, parce que j’ai la famille à transporter. La famille, le chien. Dans ce cas-là, peut-être le nouveau Hyundai Staria électrique. »

 

En une seule phrase, tout y est : l’homme de famille sobre, l’accro à l’adrénaline, le réaliste qui sait que la vitesse définit sa vie — mais jamais au détriment des gens qu’il aime. Thierry Neuville est devenu champion du monde, a connu des hauts et des bas, encore récemment, et continue de rêver à de nouveaux défis. Pourtant, il garde les pieds sur terre. Car au final, ce n’est pas seulement la ligne d’arrivée qui compte, mais le trajet pour y parvenir — avec sa famille, son chien et peut-être un jour un hélicoptère au-dessus de sa tête. Tant qu’il y a des roues en dessous.

 

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