Le leadership dans les moments de tempête
Entreprendre signifie aussi, selon les deux CEO, savoir faire face à des revers inattendus. Pour Xavier Dewulf, un tel moment s’est présenté lorsque son cofondateur est décédé de manière inattendue en 2014.
« Ce fut évidemment une période difficile sur le plan personnel, mais aussi une situation de gestion de crise, car l’entreprise doit continuer à fonctionner. Les collaborateurs attendent de la stabilité et les partenaires recherchent de la certitude. En tant que dirigeant, il est permis de douter parfois, mais il faut continuer à inspirer confiance. »
Cette expérience a conduit à une professionnalisation accrue de l’organisation : « Il faut construire une entreprise plus forte qu’une seule personne — veiller à éviter qu’elle ne devienne un “one man show”, car on n’est jamais plus fort ou plus faible que son équipe. Constituer une bonne équipe est un travail de longue haleine, fait d’évolution. »
Gregory Van Wonterghem souligne lui aussi que le leadership se révèle surtout dans les moments difficiles. Dans une entreprise familiale, on assume non seulement une responsabilité financière, mais aussi émotionnelle. « On ne décide pas seulement pour aujourd’hui, mais aussi pour la génération suivante. »
« Une entreprise ne croît pas parce que vous travaillez plus dur. Elle croît parce que les autres s’améliorent. »
En fin de discussion, les deux dirigeants reviennent à l’essence de l’entrepreneuriat. Les parallèles avec le sport de haut niveau apparaissent rapidement.
« Entreprendre demande focus, discipline, endurance et volonté d’apprendre continuellement. Il faut savoir gérer l’incertitude tout en continuant à prendre des décisions », estime Xavier. « Mais comme dans le sport de haut niveau, l’entrepreneuriat n’est presque jamais un effort solitaire. Une entreprise ne croît pas parce que vous travaillez plus dur que les autres. Elle croît parce que les personnes autour de vous s’améliorent et prennent leurs responsabilités. »
Pour utiliser le jargon cycliste : « La grinta doit se ressentir au sein de l’ensemble de la société ».
Gregory partage le même avis : « Au début, un entrepreneur veut souvent tout faire lui-même. Mais quand l’entreprise grandit, il faut apprendre à lâcher prise, faire confiance aux autres et leur donner de l’espace. »
Les deux CEO étaient d’accord sur de nombreux points. Mais un thème a traversé toute la conversation : ne pas attendre que le changement s’impose, mais être acteur du mouvement.
« Le changement arrive de toute façon », conclut Gregory Van Wonterghem. « La question est de savoir si vous le dirigez ou si vous êtes dirigé par lui. »
« Tout à fait », ajoute Xavier Dewulf. « Entreprendre n’est pas une ligne droite. Il faut constamment ajuster, repenser, recommencer. Mais surtout : anticiper. »